Scratch my Back- Peter Gabriel - part I
Quelle patience il aura fallu aux fans du Gab' pour avoir enfin le bonheur d'écouter un nouvel album !
Et pourtant...
Quand il a annoncé la sortie d'un album de reprises, ruée dans les brancards des fans, pensant que l'homme avait perdu toute trace de créativité. Tirs à boulets rouges.
Sa prestation au womad cet été n'avait pas rassuré les die-hard fans. Une intro avec 4 violons, laissait bien présager de quelque chose de bizarre, mais non, ça ne passait pas. La pilule était dure à avaler.
Depuis décembre 2009 pourtant les premières prémisces du nouvel album se dévoilent petit à petit. L'arrivée d'un arrangeur, le retour du producteur de son premier album solo, l'annonce d'un "no guitar, no drums" et surtout la promesse d'arrangements jamais entendus de morceaux très éclectiques.
Pourtant, avec tout ça, rien n'aurait pu me préparer à cet ouragan.
C'est parti.
Premier titre : heroes - David Bowie
Tout le monde ou presque connaît cette chanson de Bowie. Ce titre est tellement dans la mémoire collective qu'une reprise ne peut qu'être casse-gueule. C'est là où Gabriel prend le taureau par les cornes. Hors de question pour lui de prendre le titre original et d'en faire quelque chose d'attendu. On prend le truc, et on en fait ce qu'on veut. Ou presque. Il brise les rythmes, vire les guitares, envoie des violons, rompt à chaque fois qu'on attend une envolée par des silences, la voix est brisée et sombre avant de s'envoler. Surtout, et ce sera une vraie révélation tout au long de l'album, les arrangements de John Metcalfe, Tchad Blake et Bob Ezrin sont incroyables. Le résultat est au départ déroutant avant de laisser l'auditeur pantelant. Cette chanson a servi à une demande de dons pour le séisme d'Haïti et c'était très émouvant.
Deuxième titre : "Boy in a bubble" - Paul Simon
Lorsque j'ai entendu cette chanson de Paul Simon au Womad, bien que connaissant l'original, je n'ai pas été fichue de la reconnaître ! l'original, basée sur les rythmes, est ici une fois de plus ralentie, l'accent est mis sur l'émotion et les textes, quand on sait que Gabriel est fan de rythmes, ça surprend vraiment. La première partie est juste accompagnée au piano, puis accompagnée par les cordes, la voix est fragile, mais très émouvante, sans jamais en faire "trop".
Troisième titre : "Mirrorball" - Elbow
Je connaissais Elbow pour leur travail de mixage sur un titre de Gabriel justement. La voix de Guy Carvey le chanteur est assez proche de Gabriel. On attaque là le premier titre inconnu de l'album. Des violons encore une fois superbement arrangés, la voix une fois de plus est mise en valeur. Là où Carvey en fait un peu beaucoup, Gabriel vire les vibratos. La montée des cordes sur le final, et la finesse des arrangements sont une fois de plus incroyables sur ce titre, qui est un des plus "symphoniques". Mais c'est pourtant sans doute le titre qui est le plus proche de l'original.
Quatrième titre : "Flume" - Bon Iver
Là je suis partie sans ne rien connaître de Bon Iver. C'est sans doute le titre où Gabriel tire le plus sur sa voix dans les aïgus, et que c'est dur. Les arrangements sont assez proches de ce qu'il avait fait sur OvO, avec une section cuivres, et la partie au piano qui accompagne. Bref, ce n'est pas mon morceau préféré de l'album, peut être l'original est un peu trop folk.
Cinquième titre : "listening wind" - Talking Heads
Quelle prise de risque, une fois de plus, de toucher à un titre des Talking heads, marquée par des rythmes africains. Gabriel ici encore modifie les rythmes, mais les marque avec sa voix, et le tout appuyé une nouvelle fois par une section de cordes incroyables.
Sixième titre : the Power of the Heart - Lou Reed
Je ne connaissais pas cette chanson de Lou Reed au départ. La facture du titre est assez classique, piano/cordes, les rythmes sont ralentis, vocalement, Gabriel la chante incroyablement bien, tant pourtant il est difficile de faire oublier la voix de Lou Reed. Mais là où réside la force de Gabriel c'est de ne pas avoir essayé de copier, encore moins de faire mieux, mais de faire ses chansons comme il le voulait, comme il ressentait les textes, et l'émotion musicale.
Septième titre : "My body is a cage" - Arcade Fire
Je connaissais cette chanson d'Arcade Fire. Là encore, Gabriel s'est attaqué à une montagne tant les canadiens , utilisant les grandes orgues de la cathédrale de Montréal, avaient déjà mis leur empreinte sur ce titre-là. Pourtant Gabriel a relevé le challenge et de quelle manière. Toute la première partie est chantée de façon sombre et triste, piano/cuivre on s'accroche, et d'un seul coup, un silence et ça part. Gabriel transforme la partition vocale si particulière de Win Butler est pourtant un monument à elle toute seule, accompagné par des violons déchaînés. Un tuba qui reprend 8 notes en chorus, repris par Gabriel. C'est le désespoir, la rage et surtout l'impuissance face à la maladie, une infinie tristesse quand le morceau ralentit pour finir avec des choeurs et quasiment a capella Gabriel lance un "set my spirit free" puis "set my body free" déchirant. Pour moi c'est le titre de l'album, celui qui me tire les larmes des yeux tant la voix est incroyable, l'orchestration époustouflante et colle au texte et au ressenti.
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