Pourquoi lui ?
Pourquoi lui ?
C'est un peu compliqué à expliquer... je devais avoir 13 ans et derrière la porte de mon frère passait en boucle un type avec une voix bizarre qui chantait "jeux sans fronti-ères"... mouais, bof, ça me saoulait un petit peu j'avoue.
Puis j'ai fini par écouter tout l'album.. un peu trop jeune pour comprendre les paroles, mais un album sans aucune cymbale, quelque part ça m'interpellait déjà.
C'est au 4e album que j'ai commencé à vraiment craquer. Notamment à cause de shock the monkey ou wallflower.
Un soir de 1983, je suis allée au palais des sports de Paris, et là ... forcément... ce fut la claque. Un type maquillé, traversant le public accompagné de ses musiciens et tapant sur un énorme tambour... un concert se rapprochant de la transe comme j'avais rarement vu. (en même temps, ça devait être mon 4e ou 5e concert, et mon 2e concert de rock, hein). J'ai commencé à suivre sérieusement son cas, m'intéressant à son premier groupe Genesis, commençant à décrypter les paroles, analysant l'originalité musicale. Une bo plus loin, ce fut la bombe "So". Excellent album s'il en est, imposture commerciale pour les die-hard fans, je fondais une nouvelle fois. J'ai ce souvenir d'écoutes de son duo avec Kate Bush, Don't give up, sur la désolation post-thatcherienne et le chômage, au moment-même où mon père l'était au chômage. Quelques concerts plus tard à Bercy, et après m'être reçu le Gab' sur la tête lors d'un de ses fameux stage-diving, il fallait me rendre à l'évidence. Lui et moi, musicalement parlant c'était pour toujours. L'ange avait pris son envol, et je m'étais accrochée à ses ailes (oui je sais qu'il n'aime pas qu'on l'appelle l'ange !).
La BO de la dernière tentation du Christ fut une nouvelle fois une bombe pour moi. Premier album sorti sur son label realworld, enregistré dans ses studios, je découvris des artistes venus de tous les continents, apportant leur pièce à un magistral édifice. Je me souviens encore de ces séances de ciné, alors même qu'une bombe pétait dans un cinéma à Paris et tuait quelqu'un, que des bonnes soeurs priaient pour le bien de notre âme devant chaque salle, ces séances de cinéma où je suis allée, pour écouter, encore et encore cette musique envoûtante... car l'Homme, fidèle à sa réputation prenait son temps pour sortir l'album, alors que le film de Scorsese était depuis longtemps sorti.
L'album Us fut un petit peu plus compliqué pour moi. Sorti en plein divorce de mes parents, la chanson come talk to me, chanson qu'il écrivit sur sa difficulté de ses relations avec sa fille, me fut longtemps insupportable... une fois de plus, trop proche de ma propre histoire. Je cédais tout de même et allais le voir en concert. Quel souvenir une fois de plus, une mise en scène exceptionnelle, toute en métaphores, l'apport de musiciens d'exception (Levon Minassian au Doudouk, Manu Katché à la batterie, Shankar au violon, sans oublier les fidèles Tony Levin ou David Rhodes), firent de ces concerts des moments inoubliables.
Tandis que moi je sombrais dans une dépression, je n'écoutais plus de musique. D'ailleurs, cela n'était pas grave, puisque Gabriel lui-même ne sortait rien. En 1998, cependant, je me souviens être allée à la FNAC, avoir jeté un oeil sur les concerts, et avoir vu qu'il y avait un concert au profit d'amnesty international, pour célébrer les 50 ans de la déclaration universelle des droits de l'homme. Au programme, Youssou'n Dour, devenu star internationale, Tracy Chapman, Bruce Springsteen, Jimmy Page/Robert Plant, Radiohead, Shania Twain, Alanis Morissette et Gabriel. Je n'hésitais pas longtemps, même si, à cette époque, je m'étais encore pris un coup de poing dans la gueule, puisqu'on m'avait diagnostiqué un cancer peu de temps auparavant (je suis considérée en rémission longue durée, depuis ;-))
Ce soir de Bercy, ce fut le choc lorsque je vis Gabriel monter sur scène. Quasiment chauve, devenu obèse, l'air maladif, moi qui l'avais laissé dans mes souvenirs si "pimpant" lors de la tournée précédente, je n'en revenais pas. Peu importe, la voix était là, même si sa prestation fut courte très courte, force est de reconnaître que ce fut un grand moment. Notamment à cause d'un titre. Qu'il présenta comme une "chanson sur la lutte" (in french in the text), avec la participation de Youssou'n Dour. Musicalement une claque... que je ressentis au plus profond de moi car moi-même j'étais en pleine "lutte". Encore une fois, ses textes me touchaient en plein coeur. J'ose dire que cette chanson, signal to noise, m'a aidée à remonter la pente, notamment lorsqu'on connaît la version originale de l'album.
Il sortit entre temps une musique de spectacle pour le millénaire, "OvO", auquel je n'accrochais pas... mais alors ! pas du tout sur le moment. Je bloquais sur les passages en rap, et n'arrivais pas à m'intéresser à l'album. Ce fut un échec commercial, et ce n'est que plus tard, lorsqu'il interpréta des chansons en concert, que j'ai réécouté...et appris à apprécier.
Puis les années 2000. Gabriel se fait plus rare encore, même s'il continue à sortir des albums de haute qualité. Up en 2002, excellent album très sombre, suivi d'une multitude de tournées, où Manu Katché, le batteur frenchie si reconnaissable, laissait place au "bourrin" de service, Ged Lynch. L'homme continue à produire d'autres artistes, à lancer des talents, s'investit pour les droits de l'homme, multiplie les investissements dans le multimédia, reçoit prix sur prix. Génial touche à tout, il refuse toute reformation de Genesis pour se concentrer sur ce qu'il veut et ce qu'il aime, n'est jamais là où on l'attend. C'est cela qui fait son charme. Qui d'autre aurait osé sortir un album de reprises interprétées avec un orchestre symphonique ? et qui, aurait osé partir en tournée sans ses musiciens fétiches, perdu au milieu de 80 musiciens ? Quel tour de force, réussi de main de maître.
Peut être est-ce le chant du cygne, peut être que non. Gabriel à 60 ans a sûrement d'autres choses à dire, en musique ou non. Mais il veut aussi se centrer sur sa famille. On sait qu'un album I/O devrait sortir... bientôt ??? mais on ne peut pas lui en vouloir de prendre son temps, en tous cas, pas après avoir vécu ce qu'il a fait au mois de mars.